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Banette, la Prim’Holstein qui a produit 184 909 litres de lait en 14 lactations

La relève se prépare au Gaec du Bois-Rocher : GBR Tinette présente les mêmes qualités que sa grand-mère Banette, solide, de bonnes pattes, une très bonne mamelle, peu de cellules.

Avec 185 000 litres en 14 lactations, Banette, 19 ans, avait dépassé en octobre dernier le record de production laitière détenu depuis 2009. Ses deux éleveurs, qui ont une conduite rationnelle de leur troupeau, aiment faire vieillir leurs vaches.

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C’est à croire qu’elle attendait de décrocher son record pour mourir. Banette, 19 ans, s’est éteinte d’un simple arrêt du cœur, une nuit de novembre dernier, dans son exploitation de Saint-Berthevin-la-Tannière (Mayenne), au confluent de la Bretagne, de la Normandie et des Pays de la Loire. C’était huit jours seulement après avoir obtenu ce sacre, celui du record de production laitière. Dans toute sa carrière, cette fille de Ronly sur Okavango aura livré exactement 184 909 litres en 14 lactations. Soit 2 000 litres de plus que Turbo Bell, une vache de la Meuse qui détenait le record depuis 2009.

« Banette, elle a toujours fait du lait, en moyenne 10 000 à 12 000 litres à chaque lactation en 305 jours, soit 28,1 kg de lait par jour de vie », racontent les deux associés. Elle avait intégré le top 10 des meilleures laitières de Prim’Holstein France en 2020, puis le top 5 l’année suivante.

Banette, morte huit jours après la publication de son record, avait produit 184 909 litres, 2 000 de plus que le précédent record qui datait de seize ans. (© Prim'Holstein France)

Pour autant, cette petite-fille de Jocko Besné n’était pas d’une génétique exceptionnelle. « Dans la moyenne du troupeau », commentent les éleveurs. Pas la meilleure en pointage, mais très saine en cellules. « Une petite vache avec de très bonnes pattes ». Et ça c’est important, pour bien vieillir.

Difficile de lui trouver des défauts. Ses deux propriétaires ont presque grandi avec alors forcément, ça crée des liens. « Sa grand-mère, c’est une génisse qu’on avait achetée chez un éleveur chez qui j’étais en stage de BEP », raconte Julien Lagoutte, 37 ans, associé à son cousin Adrien Crotté, 32 ans. Ce qui la rend exceptionnelle, c’est sans doute son équilibre général. Sa très bonne fertilité par exemple. « Elle prenait quasiment toujours du premier coup ! », se remémore Adrien Crotté. 17 inséminations sur toute sa carrière, 16 veaux en 14 lactations. Car Banette a eu deux fois des jumeaux. Pas de problème non plus au vêlage, si ce n’est à partir de 15 ans, à cause du vieillissement. « Les deux derniers, elle avait un peu de mal à se relever, il fallait la laisser toute seule en box pour qu’elle récupère. »

Marge brute à 315 €/mille litres

À quel moment fallait-il la réformer ? « Après tout ce qu’elle nous avait fait, on ne voulait pas la voir partir au camion, balaie Julien Lagoutte, c’est pour ça qu’on ne l’a pas réformée. » Parfois, la dimension affective l’emporte sur les choix économiques. « On aime bien faire vieillir nos vaches, poursuit Adrien Crotté. On ne voit pas l’intérêt de faire partir une vache en 4e lactation qui a une bonne production, de bonnes pattes et qui prend bien l’insémination ». Au Gaec du Bois Rocher, le pourcentage de vieilles vaches n’est toutefois pas si énorme que cela. On en dénombre 5 en 6e lactation, 4 en 5e et une dizaine en 4e lactation. « Quand ça commence à déconner, on réforme », tranche Julien Lagoutte.

Dans ses choix génétiques, historiquement, l’élevage a toujours donné une part importante à la morpho, surtout de le mamelle et des membres, tout en faisant attention à ne pas dégrader l’aspect fonctionnel, cellules et fertilité. « On a des souches très laitières sur lesquelles on essaye d’apporter des taux et sur les souches où il y a des taux, on essaye de monter crescendo en lait pour atteindre les objectifs de production. » L’objectif, c’est un million de litres avec le moins de vaches possible. Actuellement il y en a 95 en production. Les vaches, ici, produisent en moyenne 10 000 litres, mille de plus qu’il y a trois ans. « On a sécurisé notre système fourrager et les stocks, on produit notre propre maïs humide depuis trois ou quatre ans », détaillent les deux éleveurs. La marge brute lait s’établit ici à 315 €/mille litres.

Un record déjà dépassé

La conduite d’élevage est plutôt classique, le système est intensif. Sur les 103 hectares de SAU, près de la moitié est en maïs, le reste en prairies, avec un peu de betterave et de trèfle. De mars à octobre, les vaches sont au pâturage avec une ration semi-complète d’ensilage maïs, d'enrubannage complémenté de maïs grain humide et de correcteur soja-colza, et pour les plus productives, d’aliment VL. L’hiver, la ration est faite d’ensilage de maïs et d’ensilage d’herbe avec de la betterave et du correcteur azoté. Plutôt classique. La situation de la ferme est assez favorable, avec de bonnes terres et un climat propice qui l’épargne globalement des épisodes de sécheresse.

Dans le bâtiment, l’organisation est simple : logettes souples, matelas, ce qui permet de réduire les ennuis sanitaires. « On a moins de problèmes qu’à l’époque de l’aire paillée il y a quinze ans, où on manquait un peu de place dans le bâtiment. » Aujourd’hui, l’élevage est à moins de 150 000 en cellules. « On a 30 % de mammites par an, c’est toujours sur les mêmes vaches, relativise Julien Lagoutte. On contient les mammites par l’ambiance du bâtiment, par les choix génétiques et l’entretien quotidien. » Les frais véto sont plutôt contenus, 35 €/mille litres, dans la moyenne basse de la race.

Une conduite d’élevage rigoureuse, des choix génétiques rationnels, voilà qui tend à expliquer ce record. « On a quand même eu une bonne part de chance avec Banette », relativise Julien Lagoutte. Un record qui est d’ailleurs déjà dépassé, puisqu’une vache semble avoir franchi désormais le cap des 200 000 litres, la première de France et la 48ème dans le monde. Il s’agit d’Alma Combe, de l’élevage de Jean-Bernard Girard à Val-d’Usiers (Doubs). Mais c’est encore officieux.

Et pendant ce temps, sur l’exploitation mayennaise d’Adrien Crotté et Julien Lagoutte, une vache commence à se distinguer de ses congénères, elle s’appelle Tinette et elle en est à son deuxième veau. Un animal solide avec de très bonnes pattes, de très bonnes mamelles, fonctionnelles, et peu de cellules. Tout le portrait de sa grand-mère Banette.

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